Les films radiographiques argentiques contiennent une couche de gélatine chargée en halogénures d’argent déposée sur un support en polyéthylène téréphtalate (PET). Nous observons que la confusion persiste entre la valeur résiduelle de ces clichés et leur statut réglementaire, deux sujets qui conditionnent pourtant le choix de filière.
Double lecture réglementaire des films radiographiques argentiques
La nomenclature française des déchets, annexe II de l’article R.541-8 du Code de l’environnement, classe les films radiographiques argentiques sous le code 09 01 07 « pellicules et papiers photographiques contenant de l’argent ou des composés de l’argent », sans astérisque. Autrement dit, ils ne sont pas juridiquement des déchets dangereux dans cette rubrique.
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La situation se complique à l’échelon régional. Certains observatoires, comme l’ORDECO en Occitanie, rattachent les films radiologiques usagés aux codes 18 01 06* et 18 02 05* (déchets de soins médicaux et vétérinaires), en raison du risque écotoxique des sels d’argent pour le milieu aquatique.
Cette coexistence de deux lectures réglementaires a des conséquences directes : selon le territoire, un même lot de radiographies peut relever d’une filière « déchet non dangereux photographique » ou d’une filière « déchet dangereux de soins ».
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Pour un établissement de santé ou un cabinet libéral, nous recommandons de vérifier la position de l’observatoire régional des déchets avant de contractualiser avec un prestataire. Un bordereau de suivi inadapté peut entraîner un refus du centre de traitement.

Récupération d’argent : rendement réel et procédé de traitement
Le recyclage des anciennes radiographies repose sur deux opérations distinctes : la séparation du support PET et l’extraction de l’argent contenu dans la couche de gélatine. Le procédé standard consiste à laver les films dans un bain chimique (souvent à base de soude ou d’enzymes) qui dissout la gélatine et libère les composés argentiques en solution.
Teneur en argent et facteurs de variation
La teneur en argent varie selon l’époque de fabrication, le format et le type d’examen. Les clichés thoraciques grand format produits avant les années 2000 présentent une concentration sensiblement plus élevée que les films dentaires récents.
Le rendement dépend aussi de la qualité du tri en amont. Les films mélangés à des pochettes plastiques, des enveloppes papier ou des comptes rendus médicaux alourdissent le lot sans apporter d’argent, ce qui diminue la valeur de reprise au kilogramme.
Valorisation du support PET
Le PET récupéré après lavage rejoint la filière polyester textile ou la fabrication de fibres techniques. Ce second flux de matière justifie économiquement le traitement même lorsque le cours de l’argent baisse. Le plastique PET des radios peut redevenir un polyester pour fabriquer des vêtements, ce qui boucle une logique d’économie circulaire rarement mentionnée dans les guides grand public.
Collecte en pharmacie et par les associations : logistique et limites
Plusieurs associations, dont les clubs Lions, organisent des collectes d’anciennes radiographies en partenariat avec les pharmaciens locaux. Le principe est simple : les particuliers déposent leurs vieilles radios en officine, les associations récupèrent les lots, les expédient vers un recycleur agréé, et les fonds issus de la vente de l’argent financent des actions humanitaires.
Ce modèle fonctionne bien en zone rurale où le maillage associatif compense l’absence de déchèteries équipées de bornes spécifiques. Nous observons que la réussite de ces collectes repose sur trois conditions :
- Un engagement explicite des pharmaciens, qui acceptent de stocker temporairement les films dans un espace dédié (les clichés sont encombrants et ne doivent pas être mélangés aux déchets d’activités de soins à risque infectieux).
- Un volume minimal par expédition pour que le recycleur accepte le lot sans surfacturer le transport, ce qui implique de regrouper plusieurs points de collecte.
- Une traçabilité documentée : même classés non dangereux, les films doivent faire l’objet d’un bon d’enlèvement mentionnant le poids, la nature du déchet et le destinataire final.

Radiographies argentiques ou numériques : impact sur les filières de recyclage
La transition vers l’imagerie numérique, largement achevée dans les hôpitaux et les cabinets de radiologie, réduit progressivement le flux de films argentiques à traiter. Les radiographies numériques ne génèrent pas de déchet physique contenant de l’argent. Cette évolution pose un problème de seuil critique pour les recycleurs spécialisés.
Quand les volumes collectés diminuent en dessous d’un certain seuil, le coût logistique par kilogramme d’argent récupéré augmente fortement. Certains prestataires ont déjà cessé de proposer des tournées de collecte dans les zones à faible densité, obligeant les établissements à expédier eux-mêmes les lots par transporteur agréé.
En parallèle, un stock considérable de radiographies argentiques reste détenu par des particuliers, des cabinets en cessation d’activité et des archives hospitalières. Nous estimons que ce « gisement dormant » représente encore plusieurs années de matière à valoriser, à condition que les campagnes de collecte atteignent ces détenteurs avant que les films ne finissent en ordures ménagères.
Anciennes radiographies et bonnes causes : au-delà du modèle Lions
Les clubs Lions ne sont pas les seuls à organiser des collectes caritatives. D’autres structures associatives, notamment dans le secteur de la solidarité internationale, utilisent le même mécanisme : récupération de l’argent, puis réinvestissement des recettes dans des projets de santé ou d’éducation.
Le point de vigilance concerne la transparence financière. Le particulier qui confie ses radios n’a généralement aucune visibilité sur le prix de reprise obtenu par l’association auprès du recycleur. Demander un compte rendu de la valorisation par lot collecté reste la meilleure garantie que les fonds servent réellement la cause annoncée.
- Vérifier que l’association dispose d’un contrat avec un recycleur agréé, pas d’un intermédiaire non déclaré.
- Privilégier les collectes qui publient un bilan annuel chiffré (poids collecté, montant reversé, projet financé).
- En cas de doute, déposer les radiographies directement en déchèterie équipée d’une borne spécifique, ou les remettre à un cabinet de radiologie ou une pharmacie qui les accepte.
Les anciennes radiographies ne doivent jamais être brûlées ni jetées avec les ordures ménagères. Leur support PET se dégrade très lentement et peut libérer des composés argentiques dans les sols et les nappes phréatiques. Le geste de tri, qu’il passe par une filière associative ou par une déchèterie, reste la seule option conforme, tant sur le plan réglementaire que sur le plan environnemental.

